Aquarius, 2017

Cuivre et enregistrement sonore sur lecteur mp3.

« Voir, c’est comprendre, juger,
transformer, imaginer, oublier
ou s’oublier, être ou disparaître. »1

Ces vers, de Paul Eluard, illustrent en partie le travail de Charlotte Charbonnel qui à l’instar des poètes « donne à voir ». Fine observatrice, l’artiste retient certains détails qu’elle examine, décortique minutieusement afin de mieux les appréhender. Telle une chercheuse, elle teste, expérimente voire
même se prête à jouer au démiurge en créant certaines substances. L’artiste glane, recueille ou récolte des éléments que l’on ne sait pas regarder car à force de les voir on ne les voit plus. C’est ainsi qu’elle harponne des nuages, capture des cours d’eau, épingle des sons, chope des formes, suscite de la
matière … Telle une magicienne, Charlotte Charbonnel fige puis fixe l’éphémère. En posant son regard, car il est bien question de prendre le temps de regarder pour mieux voir, elle agit tel un révélateur qui transforme l’image latente en image visible. Révéler pour nous permettre de
voir ou du moins pour attirer notre attention. Elle fait remonter à la surface des éléments restés jusqu’à présent dans l’ombre. L’artiste met en lumière la poésie de notre environnement et s’applique à nous indiquer que tout peut être de l’ordre du merveilleux, pour cela il suffit de le voir2.

Sous la foudre
un bruit de rosée
coule dans les bambous
Yosa Buson

Chaque œuvre, chaque installation de Charlotte Charbonnel est une bribe de paysage, une
échappatoire pour laisser divaguer notre esprit. L’étoile d’une constellation. L’exposition « Aquarius »
pourrait-être perçue comme un jardin céleste dans lequel on vient flâner pour se laisser aller à la
rêverie. Car si parfois Charlotte Charbonnel fige ou matérialise l’indomptable elle laisse toujours de la
place au vagabondage. Quoi qu’il se passe chaque élément est mouvant. Tel un « jardin en
mouvement »3 la minutie de l’artiste laisse tout de même une part belle à la fantaisie, voire à l’incontrôlable

En reliant les étoiles entre elles, les Hommes voient dans chaque constellation une légende. La magie
de l’imaginaire opère ici avec délice. C’est ainsi que le porteur d’eau Aquarius verse sur le monde
l’eau de la connaissance et de l’esprit.
Les œuvres de Charlotte Charbonnel ne seraient-elles pas ainsi des porteuses d’émotions ?
Il ne tient qu’à nous de les voir …

Leïla Simon

1 Paul Eluard, « Donner à voir »
2 Les fils des éléments d’écoute qui se glissent, se faufilent, s’infiltrent viennent ajouter de la fraîcheur aux installations, intensifier avec
finesse le merveilleux du quotidien.
3 Le Jardin en Mouvement de Gilles Clément s’inspire de la friche : espace de vie laissé au libre développement des espèces qui s’y
installent.
4 La lumière selon l’heure de la journée, les saisons ou l’éclairage retenu jouent un rôle important pour contribuer à révéler ce que l’on ne
savait voir. Le son est dévoilé par des volumes, des formes ou des textures. La minutie est contrebalancée par la sinuosité des fils…

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